Sortir d’une maintenance logicielle relevait de la fiction. Le contrat se reconduisait, le prix du retour dépassait le coût de rester, et la question ne se posait plus en comité.

Cinq situations viennent d’être ouvertes chez SAP, par une décision européenne contraignante pour dix ans.

Les cinq portes, et la pièce qui les ouvre

SituationCe que vous devez pouvoir produire
Produit arrivé au dernier stade de maintenance, service réduitLa communication de l’éditeur sur le stade de maintenance du produit, et sa date
Projet d’implantation échoué, responsabilité de l’éditeurLe dossier de projet complet : engagements, jalons, comptes rendus, manquements, tous datés
Insolvabilité ou liquidationLes pièces de la procédure
Réduction d’effectifs de 10 % ou plus sur deux ansLes effectifs aux deux bornes, une seule définition, plus l’inventaire des licences
Cession d’une activitéL’acte de cession et le périmètre transféré

La cession offre trois issues, et c’est la porte la plus large : transférer les licences à l’acheteur, en transférer une partie et résilier le reste, ou tout résilier si l’acheteur n’a pas besoin du logiciel.

Deux frais tombent en même temps. Les frais de réactivation, qui punissaient un retour après interruption, sont supprimés. Les frais de maintenance rétroactive, qui facturaient l’arriéré comme si vous n’étiez jamais parti, sont réduits.

Ces deux frais étaient le vrai verrou. La Commission relevait qu’ils correspondaient parfois au montant qu’un client aurait payé en restant tout du long. Leur disparition ne change pas un tarif, elle change une mécanique : l’interruption redevient une option calculable.

La seule porte qui se plaide

Quatre des cinq situations se constatent avec un document daté. L’échec d’implantation imputable à l’éditeur, lui, se démontre, et il se démontre avec ce que vous avez écrit pendant le projet.

Une entreprise qui a consigné chaque engagement non tenu, avec date, destinataire et conséquence, détient un dossier. Une entreprise qui a tout géré par téléphone et par bonne volonté détient une conviction.

L’écart entre les deux se chiffre au montant annuel de maintenance multiplié par le nombre d’années qu’il vous reste à courir. C’est la raison la plus concrète de tenir un journal de projet, et elle n’a rien à voir avec la qualité du projet.

L’ordre des opérations

Vérifiez d’abord que vos produits entrent dans le périmètre : logiciels SAP installés chez vous, pas d’abonnement en nuage.

Vérifiez ensuite la date. Un droit s’exerce dans une fenêtre, généralement liée au préavis contractuel, et un dossier prêt trois semaines trop tard vaut zéro.

Écrivez ensuite, jamais avant. Une demande de résiliation se formule par écrit, en visant la situation invoquée et en joignant les pièces. Un appel à votre commercial avant que le dossier soit prêt prévient l’éditeur et vous fait perdre l’effet de surprise, qui est le seul avantage dont vous disposez.

Les recours si ça bloque

SAP doit mettre en place une structure interne de recours pour les clients qui estiment que les engagements sont mal appliqués. Un mandataire indépendant surveille l’application et rend compte régulièrement à la Commission.

En cas de manquement, la Commission peut infliger une amende allant jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial, plus une astreinte de 5 % du chiffre d’affaires journalier par jour. Ce n’est pas votre levier direct, mais c’est ce qui donne du poids à une demande écrite correctement fondée.

La réserve

La formulation exacte des engagements, publiée au registre public des affaires sous le numéro AT.40823, prévaut sur tout résumé, y compris celui-ci. Avant d’engager une procédure, faites lire le texte intégral par quelqu’un dont c’est le métier.

La phrase à retenir

Une porte de sortie ne s’ouvre pas toute seule. Elle s’ouvre avec un dossier daté et une lettre envoyée dans la fenêtre.

Sources

Dernière revue: 18 août 2026

Chiffres à revoir avant 18 août 2028